
Depuis sa prise de fonctions le 12 août 2025 à la tête du ministère d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo défend une ligne claire : accélérer la production nationale pour réduire la dépendance alimentaire de la RDC. De la mécanisation aux semences, des cultures vivrières au cacao, du soutien aux jeunes agripreneurs aux descentes dans les territoires, son action s’est construite autour d’un mot d’ordre : « la révolution agricole agressive ».

Une vision annoncée dès la prise de fonctionsLe 12 août 2025, lors de la cérémonie de remise et reprise avec son prédécesseur Grégoire Mutshail Mutomb, Muhindo Nzangi Butondo prend officiellement les commandes du ministère d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire. Dès son premier discours, le nouveau ministre fixe le ton. « La révolution agricole agressive commence dès aujourd’hui », annonce-t-il.Cette formule devient rapidement la marque de son action ministérielle. Son objectif affiché est de faire passer la RDC d’un pays disposant d’immenses potentialités agricoles mais dépendant encore des importations alimentaires à un pays capable de produire davantage pour nourrir sa propre population.

Dans cette logique, Muhindo Nzangi place au premier plan le maïs, le riz, les haricots et le manioc, considérés comme des cultures essentielles pour la sécurité alimentaire. Il défend parallèlement le développement des cultures pérennes comme le cacao, le café et le palmier à huile. Son autre formule, prononcée lors de son entrée en fonction, résume cette priorité : « On ne peut pas parler du peuple d’abord si le peuple n’a pas mangé. »
De la parole à la mécanisation

L’un des axes visibles de cette politique concerne la mécanisation agricole.Dans plusieurs provinces, le ministère a engagé des opérations de remise de tracteurs et d’intrants. En mars 2026, lors de sa mission dans la Tshopo, Muhindo Nzangi a notamment associé la mécanisation à la promotion de l’entrepreneuriat agricole des jeunes. L’objectif annoncé est de permettre à terme à chaque territoire de disposer d’au moins un tracteur afin d’augmenter les superficies cultivées et d’améliorer la productivité. Dans le Grand Katanga, le ministère a également annoncé un programme national de mécanisation, avec notamment une commande annoncée de 3 000 tracteurs supplémentaires et un projet de production de tracteurs en RDC. Pour Muhindo Nzangi, la transformation de l’agriculture ne peut donc pas reposer uniquement sur l’augmentation du nombre de producteurs. Elle doit aussi passer par les équipements, les intrants et l’amélioration des méthodes de production.
Semences, fertilisants et organisation des producteurs

La sécurité alimentaire ne se limite pas à la disponibilité des terres.Dans sa feuille de route, le ministre met également l’accent sur la semence améliorée, les fertilisants, la mécanisation, l’augmentation de la production, la transformation et la commercialisation. En septembre 2026, il a encore présenté la reconstruction du système semencier national comme l’un des piliers de la relance agricole. Le ministère travaille également sur la structuration des producteurs en coopératives. Lors de la restitution des missions de suivi de la campagne agricole 2025-2026, Muhindo Nzangi a insisté sur la nécessité de regrouper les agriculteurs afin de faciliter leur accès aux équipements, aux financements et aux intrants. Cette approche vise à faire évoluer progressivement le producteur individuel vers un modèle agricole davantage organisé et orienté vers la production commerciale.
Un ministre qui revendique le terrain

L’un des traits qui ressortent de la première année de Muhindo Nzangi à l’Agriculture est la multiplication des missions de terrain.En avril 2026, le ministère indiquait avoir envoyé des missions de suivi et d’évaluation dans plusieurs parties du pays dans le cadre de la campagne agricole 2025-2026. Ces missions avaient notamment pour objectif d’examiner les infrastructures, les ressources humaines, l’organisation des agriculteurs et les réalités locales. Cette logique de proximité s’est ensuite illustrée dans plusieurs provinces. Au Kongo Central, au Kasaï Central, dans la Tshopo, au Sud-Ubangi, au Nord-Kivu et dans d’autres zones agricoles, Muhindo Nzangi s’est rendu sur le terrain pour lancer ou évaluer des activités agricoles.

À Beni, il a poursuivi la campagne agricole autour de la production et de la sécurité alimentaire. À Mangobo, dans le territoire de Bafwasende, il a accompagné le projet de culture du cacao à travers le PEJAB. La cérémonie a notamment été marquée par la remise de titres immobiliers à des jeunes agripreneurs afin de sécuriser leurs exploitations. À Wasaleka, dans le territoire de Bumba, il a suivi un projet rizicole destiné à remettre en valeur environ 1 000 hectares de terres domaniales longtemps restées inexploitées. À Yatolema, dans le territoire d’Opala, il a parcouru environ 90 kilomètres depuis Kisangani pour rencontrer une communauté confrontée notamment aux difficultés d’accès et d’évacuation des produits agricoles. Sur place, il a procédé à la plantation de bananiers et de cacaoyers. Ces déplacements donnent une dimension territoriale à sa politique : aller vers les zones de production plutôt que limiter l’action du ministère aux bureaux de Kinshasa.
Les jeunes au cœur de la stratégie

Autre axe important : l’entrepreneuriat agricole des jeunes.À travers le PEJAB et d’autres initiatives, le ministère cherche à présenter l’agriculture non seulement comme une activité de subsistance, mais également comme une possibilité d’investissement et de création d’emplois. En Tshopo, Muhindo Nzangi a expliqué aux jeunes agripreneurs un modèle associant accès à la terre, accompagnement technique, entreprises spécialisées et institutions financières. Les jeunes bénéficiaires doivent notamment développer des plantations de cacao et de bananes tout en produisant des cultures vivrières comme le riz et le maïs. À Mangobo, cette orientation s’est concrétisée par la remise de titres immobiliers aux bénéficiaires du projet cacao. La sécurisation foncière apparaît ainsi comme un autre outil destiné à encourager les jeunes à investir durablement dans leurs exploitations.
Du vivrier aux cultures pérennes

La stratégie défendue par Muhindo Nzangi ne se limite pas aux cultures destinées à la consommation immédiate.Le ministre cherche également à renforcer les filières à forte valeur économique, notamment le cacao, le café, le palmier à huile et le macadamia. En avril 2026, il a lancé l’implantation de pépinières de macadamia à Maluku, à Kinshasa, dans le cadre de la promotion des cultures pérennes. Dans le Sud-Ubangi, il a également mis l’accent sur la création de pépinières communautaires et annoncé un objectif de 250 000 plantules de café et de cacao par territoire dans le cadre de la campagne agricole. Cette combinaison entre cultures vivrières et cultures pérennes traduit une double ambition : nourrir la population aujourd’hui et créer des revenus agricoles durables demain.
Produire, mais aussi transformer et commercialiser

Pour Muhindo Nzangi, augmenter les volumes de production ne suffit pas. La stratégie présentée devant l’Assemblée nationale en avril 2026 comprend également le stockage, la transformation et la commercialisation. Le ministère a évoqué la construction de silos et d’entrepôts, la mise en place de centres de conditionnement et le déploiement de plateformes logistiques provinciales. L’objectif est notamment de réduire les pertes post-récolte, stabiliser les prix et sécuriser l’approvisionnement alimentaire. Cette question est particulièrement importante dans les zones rurales où les producteurs peuvent parvenir à récolter sans disposer de routes ou de circuits commerciaux suffisamment efficaces pour écouler leurs produits. La visite de Yatolema, dans le territoire d’Opala, illustre précisément cette problématique : les producteurs locaux ont fait part des difficultés d’accès et d’évacuation de leur production.
Une agriculture pensée comme outil de souveraineté

Au fil de ses interventions, Muhindo Nzangi présente ainsi l’agriculture comme une question qui dépasse la seule production alimentaire. Elle touche à l’emploi, aux revenus des ménages, au développement rural, à la transformation industrielle et à la souveraineté économique. Lors de sa rencontre avec le directeur général de la FAO en avril 2026, l’organisation onusienne a indiqué que la RDC restait un partenaire important et que la priorité renouvelée accordée au secteur agricole s’inscrivait dans les priorités de développement du pays. Cette dimension internationale complète l’action menée à l’intérieur du pays : produire davantage, structurer les filières et créer les conditions permettant à l’agriculture congolaise de prendre une place plus importante dans l’économie nationale.
Un ministère désormais tourné vers les résultats

Depuis août 2025, le discours de Muhindo Nzangi revient régulièrement sur une même exigence : mesurer l’impact des investissements agricoles. Dans vos archives, une formule prononcée à Bibwa résume cette orientation : « L’impact doit être à la hauteur des fonds alloués. »Cette exigence de redevabilité accompagne les missions d’évaluation et de suivi de la campagne agricole. Le ministre veut ainsi inscrire son action dans une logique où les moyens mobilisés doivent se traduire par davantage de production, des revenus pour les agriculteurs, des emplois pour les jeunes et une amélioration de l’approvisionnement alimentaire.
Une méthode : voir, décider, agir

Au terme de cette première période à la tête du ministère, plusieurs éléments caractérisent la méthode défendue par Muhindo Nzangi Butondo : la proximité avec les producteurs, la mécanisation, la modernisation du système semencier, la structuration des agriculteurs, l’accompagnement des jeunes, la promotion des cultures vivrières et pérennes, ainsi que le développement du stockage et de la transformation. Son parcours récent sur le terrain, de Beni à la Tshopo, du Sud-Ubangi au Grand Katanga, montre également une volonté de territorialiser la politique agricole et d’aller chercher les réalités au-delà de Kinshasa. La suite de cette politique se mesurera notamment à travers les niveaux de production, l’évolution des revenus des producteurs, l’accès aux intrants et aux équipements, la transformation locale et la capacité de la RDC à réduire progressivement sa dépendance aux importations alimentaires.

Mais le cap, lui, a été clairement annoncé dès le 12 août 2025 : « la révolution agricole agressive ». Une formule devenue le fil conducteur de l’action de Muhindo Nzangi Butondo au ministère d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire.
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