
Dans la commune de Bulengera, ville de Butembo, un conflit foncier autour du stade Kyaghala suscite la colère et l’inquiétude de la population locale. La jeunesse du quartier dénonce la spoliation d’un espace public qui symbolisait depuis des années l’encadrement, la cohésion et l’espoir d’une génération.
Situé en cellule Kyaghala, non loin du centre hospitalier du même nom, le stade Kyaghala était depuis longtemps un lieu emblématique pour les jeunes du quartier. C’est là que se déroulaient les tournois de football, les activités communautaires et les rassemblements de sensibilisation. Mais depuis quelque temps, cet espace fait l’objet d’une vive tension entre la population et la famille du chef terrien, qui aurait vendu le terrain à des particuliers.
Pour les habitants, cette vente est une spoliation pure et simple d’un bien collectif. Le comité des sages de la plateforme des jeunes du quartier Kyaghala tire la sonnette d’alarme et appelle les autorités à intervenir avant que la situation ne dégénère. « Nous avons des espaces dans notre quartier : le stade Kyaghala, Vukira… mais apparemment ce sont des espaces fantômes, parce qu’ils peuvent être ravis à tout moment par ceux qui ont du pouvoir », déplore SERGE PALUKU NDENGE, membre du comité des sages. « La jeunesse sera privée de ce lieu qui servait à son encadrement, et le gouvernement reste silencieux face à ces disparitions d’espaces communautaires. Sommes-nous abandonnés ?
Un patrimoine en danger
Selon plusieurs témoins, le stade Kyaghala a toujours été reconnu comme espace public réservé à la jeunesse. Des anciens du quartier connaissent l’historique de ce site, mais beaucoup d’entre eux affirment être intimidés par la famille du chef terrien qui revendique aujourd’hui la propriété du terrain.
Cette situation ravive les souvenirs d’un combat mené il y a quelques années par la jeunesse du quartier. À l’époque, la plateforme des jeunes, dirigée par le président MAKATRÉ, avait lancé une vaste campagne intitulée « Non à la spoliation de notre stade de Kyaghala », en collaboration avec l’équipe locale de football. La mobilisation populaire avait alors permis de sauver le stade d’une première tentative d’appropriation. Mais cette résistance n’avait pas été sans conséquences. Plusieurs leaders de la jeunesse avaient fait l’objet de menaces, d’arrestations arbitraires et de mandats de comparution. « Nous avons passé des nuits à la belle étoile, traqués comme des malfaiteurs, simplement parce que nous défendions un bien public », se souvient un ancien membre de la plateforme. « Le chef de quartier, pourtant aux côtés de la population, avait été plusieurs fois interpellé.
Un appel pressant aux autorités
Aujourd’hui, alors qu’une maisonnette aurait été érigée sur le terrain, la population de Kyaghala redoute un nouvel affrontement. Le comité des sages plaide pour une réunion tripartite entre la famille du chef terrien, les autorités locales et la communauté, afin de trouver une solution pacifique. « Si rien n’est fait rapidement, nous craignons le pire. Ce stade appartient à la population, pas à des individus », avertit le comité.
Les jeunes appellent également les députés, le conseil urbain de la jeunesse et les services de la jeunesse à s’impliquer dans cette lutte pour défendre les intérêts du peuple.
« HATUTA ITIKAKA HII STADE BATU NYANGANYAKEYO », répétait souvent le président MAKATRÉ, pour dire : “Nous ne laisserons jamais qu’on nous arrache ce stade.” Aujourd’hui, la jeunesse de Kyaghala espère que cet héritage de résistance ne s’éteindra pas. Elle en appelle à la responsabilité des autorités municipales et provinciales pour que le stade Kyaghala, symbole de la jeunesse et de la communauté, ne disparaisse pas sous les coups de la cupidité et de l’indifférence.
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