
Face aux auditeurs, Muhindo Nzangi Butondo n’a pas mâché ses mots. Le patron de l’agriculture congolaise a pointé du doigt la faible productivité agricole, illustrée notamment par le rendement des semences utilisées en RDC. « La semence que nous utilisons aujourd’hui produit en moyenne 800 kg par hectare, alors qu’au Burundi, un hectare peut produire jusqu’à 4 tonnes », a-t-il révélé, mettant en évidence un retard préoccupant.

Pour inverser cette tendance, le ministre a annoncé une stratégie axée sur la production locale de semences dès la prochaine saison agricole. Trois cultures jugées stratégiques ont été identifiées : le riz, le maïs et les haricots, des denrées de base pour la population congolaise. L’objectif est clair : produire en grande quantité pour réduire la dépendance alimentaire.
Dans cette dynamique, le gouvernement mise également sur la redynamisation des structures d’appui agricole. « Nous avons identifié 26 CAPSA. Au moins un dans chaque province doit être pleinement fonctionnel », a-t-il précisé, tout en déplorant l’arrêt quasi total des instituts de recherche semencière.

Autre pilier essentiel : la mécanisation agricole. Constatant une forte demande en équipements, Muhindo Nzangi Butondo a annoncé la création d’une brigade de tracteurs dans chaque territoire. « Chaque paysan souhaitant utiliser un tracteur contacte le SENASEM. Le tracteur lui est mis à disposition, puis restitué après usage, moyennant une contribution modeste pour le carburant et l’entretien », a-t-il expliqué.
Dans la même logique, le ministre a dévoilé un ambitieux projet de production locale de tracteurs. Deux premières unités d’assemblage verront le jour à Kimpese et à Musienene, au Nord-Kivu, en partenariat avec des opérateurs locaux. Une initiative qui vise à maîtriser toute la chaîne de mécanisation et à réduire les coûts d’accès pour les agriculteurs.

Au-delà des cultures vivrières, le ministre encourage également les cultures pérennes, perçues comme un levier de revenus durables pour les paysans et un moteur de développement de l’économie rurale. Il a, en outre, instruit les inspecteurs agricoles à accompagner les producteurs vers la structuration en coopératives, afin de renforcer leur capacité de production et d’accès au marché.

Sur le plan des objectifs, Muhindo Nzangi Butondo se veut optimiste : « Trois ans après l’installation effective des CAPSA, nous pouvons atteindre l’autosuffisance en maïs, en riz et en haricots. Pour le manioc, cet objectif est déjà atteint. »
Le ministre a également salué le rôle du Service national, présenté comme un modèle de production étatique, annonçant une collaboration renforcée pour encadrer les jeunes et booster la production agricole. Une visite est d’ailleurs prévue à Kanyama Kasese dans les prochains jours.

Enfin, dans un ton imagé, il a comparé le sol congolais à « une belle femme » qui nécessite d’être entretenue, insistant sur l’importance des fertilisants pour restaurer la fertilité des terres et accroître les rendements.

Conscient des attentes et des critiques, Muhindo Nzangi Butondo appelle à la patience et à la confiance. « Trois ans maximum, cinq ans au plus, et les résultats seront visibles », a-t-il assuré. Un pari ambitieux pour un secteur considéré comme le socle du développement économique de la RDC.
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