
La question du cannabis médical continue de susciter des réactions en République démocratique du Congo, particulièrement au Nord-Kivu, après que le ministre d’État, ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, a évoqué cette plante parmi les spéculations agricoles à forte rentabilité susceptibles d’être approfondies. Mais des documents désormais disponibles permettent de replacer cette déclaration dans une chronologie plus large.
Une démarche administrative déjà engagée en 2025
Une correspondance officielle du ministère du Commerce extérieur, datée du 18 septembre 2025, adressée au directeur général de la société Congo Development Priority SARL, CODEP SARL, porte précisément sur une demande d’inscription du cannabis sativa cultivé en RDC comme produit agricole et plante médicinale dans la mercuriale de la RDC. Dans cette lettre, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, accuse réception d’une correspondance de CODEP SARL datée du 18 août 2025. Il précise que le ministère de la Santé publique avait déjà accordé à cette société une autorisation d’exploitation des stupéfiants et substances psychotropes à des fins médicales, notamment pour le cannabis sativa. À la suite de cette démarche, le ministre demande au coordonnateur de la Commission nationale des mercuriales des prix des produits et marchés exportés de convoquer les travaux des experts. L’objectif était qu’à l’issue de ces travaux, le produit puisse être éventuellement intégré à la mercuriale des prix et marchés exportés de la RDC.
Un dossier qui implique plusieurs institutions
La correspondance de septembre 2025 avait été transmise, pour information, à plusieurs responsables et institutions, parmi lesquels le ministre d’État chargé de l’Agriculture, le ministre de la Santé, la Présidence de la République, l’ANR, la DGDA, l’OCC, la Direction des stupéfiants de la Police judiciaire, le coordonnateur de la Commission multisectorielle permanente de coordination, ainsi que des responsables universitaires et du contrôle des médicaments. Cette liste de destinataires illustre le caractère multisectoriel du dossier et montre que la question du cannabis médical dépassait le seul cadre du ministère de l’Agriculture.
Une précision importante : il ne s’agissait pas encore d’une inscription définitiveIl convient cependant de faire une distinction importante. Le document du ministère du Commerce extérieur ne dit pas que le cannabis avait déjà été inscrit dans la mercuriale congolaise. Il demande plutôt l’organisation de travaux d’experts devant permettre d’examiner cette possibilité. Il s’agit donc, à ce stade, d’une démarche administrative et d’une procédure d’examen, et non d’une preuve d’une autorisation générale de production ou de commercialisation du cannabis.
La réponse du ministère de l’Agriculture
Cette chronologie rejoint en partie les précisions apportées récemment par le cabinet du ministre d’État Muhindo Nzangi Butondo en réponse aux préoccupations du député national Nzanzu Carly Nzanzu Kasivita. Dans cette correspondance datée du 20 août 2026, le ministère de l’Agriculture explique que, lors de la mission du ministre au Nord-Kivu, la réflexion autour du cannabis médical s’inscrivait dans une volonté d’élargir la gamme des spéculations agricoles susceptibles d’être développées et d’examiner notamment des cultures présentant un potentiel économique. Le cabinet rappelle toutefois que le cannabis médical est soumis à un cadre légal et réglementaire spécifique et à un régime d’autorisation. Surtout, le ministère insiste sur le fait que le cannabis médical ne constitue pas sa priorité actuelle. L’action du ministère demeure notamment tournée vers les cultures vivrières et les grandes filières agricoles, parmi lesquelles le café, le cacao, le palmier à huile, ainsi que le manioc, le maïs, le haricot, le riz et la pomme de terre.
Des observateurs appellent à éviter les amalgames
À la lumière de ces documents, des observateurs appellent désormais à davantage de prudence dans l’analyse de la polémique.Selon eux, il serait difficile de faire porter au seul ministre Muhindo Nzangi l’ensemble d’un dossier dont des traces administratives officielles remontent à 2025, soit plusieurs mois avant son intervention au Nord-Kivu. Ces observateurs s’interrogent notamment sur le lien qui est établi entre la déclaration du ministre et la procédure administrative engagée auparavant : « Où voit-on le ministre dans cette affaire ? », s’interrogent-ils, estimant que le simple fait d’avoir cité le cannabis médical comme exemple lors de son allocution à Beni ne suffit pas à lui attribuer l’ensemble du dossier.Ils appellent ainsi à éviter de « lui coller cette affaire à tout prix », estimant qu’une lecture attentive des documents permet de constater que la question faisait déjà l’objet d’une procédure administrative impliquant plusieurs institutions. Pour ces observateurs, le débat devrait donc porter sur les faits, les dates, les procédures et les responsabilités précises de chaque institution, plutôt que sur des amalgames.
Une réflexion ne signifie pas une priorité
Au regard des éléments disponibles, une distinction apparaît essentielle : évoquer le cannabis médical comme une piste agricole à approfondir ne signifie pas en faire une priorité du ministère de l’Agriculture. De même, l’existence d’une procédure administrative autour du cannabis sativa ne signifie pas que sa culture est librement autorisée ou que son inscription dans la mercuriale est déjà acquise. Les documents montrent plutôt qu’un dossier relatif au cannabis à usage médical et scientifique était déjà traité au niveau institutionnel avant la récente polémique au Nord-Kivu.
Entre la démarche engagée en 2025 au ministère du Commerce extérieur et les explications fournies en août 2026 par le ministère de l’Agriculture, les faits invitent surtout à replacer la question dans son contexte et à distinguer une piste de réflexion d’une priorité gouvernementale.Les observateurs appellent donc à laisser de côté les amalgames et à privilégier une lecture objective des documents, afin que le débat public repose sur les faits et non sur des interprétations isolées.

