
Un slogan devenu référence politique
Lors de son investiture le 6 décembre 2006, Joseph Kabila, fraîchement élu lors des premières élections pluralistes depuis plus de quarante ans, prononce la phrase devenue iconique : « Finis la récréation ».
Ce mot d’ordre, perçu comme une promesse de rupture, exprimait la volonté de mettre fin à l’impunité, d’instaurer la discipline au sein de l’administration, de combattre la corruption, de restaurer l’autorité de l’État, de réorganiser les forces de défense et de sécurité et de redresser une économie fragilisée.
Pour beaucoup, cette phrase représentait l’espoir d’un nouveau départ pour une RDC émergeant de plusieurs années de guerres.—19 ans plus tard : la récréation a-t-elle vraiment pris fin ?
Sécurité : un chantier encore inachevé
Si certaines provinces ont retrouvé une certaine stabilité au cours des années Kabila, les violences dans l’Est n’ont jamais totalement cessé. Elles se sont même intensifiées avec le retour du M23, la prolifération de groupes armés locaux, les tensions communautaires persistantes et la faiblesse structurelle de l’autorité de l’État dans plusieurs zones.
En 2025, le Nord-Kivu et l’Ituri restent particulièrement marqués par l’insécurité. Pour beaucoup d’observateurs, la “récréation” sécuritaire reste donc loin d’être terminée.
Entre 2006 et 2018, le pays a connu plusieurs réformes, notamment dans l’armée, les finances publiques et les grandes infrastructures. On note également une stabilisation relative des institutions et une présence plus marquée de l’État dans plusieurs secteurs. Mais cette période a aussi été entachée par des accusations de corruption, des restrictions des libertés publiques, une forte centralisation du pouvoir et des tensions politiques, particulièrement entre 2015 et 2018.

Depuis 2019, l’après-Kabila a voulu incarner un renouveau. Toutefois, des scandales de gestion subsistent et la corruption reste un défi majeur. Les réformes structurelles, bien qu’amorcées, n’ont pas encore produit les résultats attendus. Les progrès sont réels mais insuffisants pour affirmer que la gouvernance a définitivement mis fin à sa “récréation”.
Économie et conditions sociales : une promesse encore lointaine
Malgré les richesses minérales et un potentiel agricole immense, les conditions de vie des Congolais restent difficiles. Le chômage demeure élevé, la pauvreté est endémique, les services publics restent fragiles et les infrastructures insuffisantes. La croissance économique, parfois positive, peine à se traduire par une amélioration tangible du quotidien. Pour de nombreux citoyens, la “récréation” socio-économique se prolonge encore.

L’expression « Finis la récréation » continue de hanter le paysage politique congolais. Elle est régulièrement rappelée, analysée, comparée ou revendiquée par différentes générations d’acteurs politiques. Elle sert à rappeler la nécessité d’ordre, de discipline et de responsabilité, que ce soit au sein de l’administration, des forces de sécurité ou dans la gestion des ressources publiques. Presque vingt ans après, elle reste une référence symbolique qui interroge chaque nouvelle gouvernance.
Alors, la RDC a-t-elle vraiment “fini la récréation” ?
La réponse demeure complexe. Les institutions ont gagné en structure, mais restent vulnérables. La sécurité connaît des améliorations ponctuelles, mais reste précaire dans l’Est. L’économie affiche des progrès, mais les conditions de vie de la population ne suivent pas la même cadence. La RDC n’est plus dans la même “récréation” qu’en 2006, mais la rigueur, l’autorité de l’État et la discipline promises sont encore loin d’être pleinement réalisées.

En 2025, cette phrase historique de Joseph Kabila continue d’alimenter le débat et de rappeler les attentes d’un pays qui aspire encore à un véritable changement.
