
Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution en RDC prend une tournure de plus en plus polémique. Pour plusieurs observateurs et acteurs politiques, cette initiative portée par le camp du président Félix Tshisekedi suscite de vives inquiétudes quant à ses motivations et ses conséquences sur la stabilité du pays.
Certains analystes rappellent que l’histoire politique congolaise est marquée par des moments où des voix courageuses se sont élevées contre le pouvoir en place. L’exemple des « 13 parlementaires » de 1980, qui avaient dénoncé la gestion du régime de Mobutu Sese Seko au sommet de son autorité, est souvent cité. À l’époque, ces élus avaient été marginalisés, mais leur combat est aujourd’hui perçu comme précurseur des revendications démocratiques ayant conduit à la création de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).
Dans ce contexte, la récente prise de position du sénateur Modeste Bahati Lukwebo, pourtant membre de la majorité au pouvoir, ne passe pas inaperçue. Ce dernier a exprimé des réserves sur le projet de révision constitutionnelle, un geste salué par certains comme un acte de courage politique, mais critiqué par d’autres qui y voient une manœuvre stratégique.
Sur le terrain citoyen, le slogan « Ne touche pas à ma Constitution » gagne en popularité. Pour ses partisans, la Constitution actuelle représente bien plus qu’un simple texte juridique : elle est perçue comme le socle de la démocratie congolaise, garantissant l’équilibre des pouvoirs et la protection des libertés fondamentales.
Des mouvements citoyens, notamment Lutte pour le Changement (LUCHA), ont également haussé le ton. Le mouvement estime qu’« engager le pays dans un chantier de changement constitutionnel aussi clivant alors que l’intégrité du territoire national est rompue n’est pas seulement une erreur politique : c’est une indécence criminelle ».
Les critiques soulignent par ailleurs que les priorités du pays devraient se concentrer sur des défis urgents tels que la sécurité à l’Est, la lutte contre la pauvreté ou encore l’amélioration des conditions de vie des populations. Pour eux, ouvrir un débat constitutionnel dans un tel contexte risque d’exacerber les tensions politiques et sociales.
D’autres voix mettent en garde contre les précédents observés dans plusieurs pays africains, où des révisions constitutionnelles ont conduit à la prolongation des mandats et à l’affaiblissement des institutions démocratiques. Selon ces analystes, le véritable problème ne réside pas dans la Constitution elle-même, mais dans son application.
Enfin, certains citoyens appellent le président de la République à renoncer à toute initiative visant à modifier la loi fondamentale dans une optique de maintien au pouvoir. « Le silence du peuple ne signifie pas adhésion », préviennent-ils, rappelant que l’histoire jugera les décisions prises aujourd’hui.
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