
Le gouvernement promet la stabilité
Lors de la séance plénière tenue mardi 4 novembre 2025 au Sénat, le gouvernement congolais a réaffirmé sa détermination à stabiliser le taux de change du franc congolais.
Selon les assurances du vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, l’État poursuit les interventions de la Banque Centrale du Congo (BCC) sur le marché des changes pour « préserver le pouvoir d’achat » et « maintenir la confiance dans la monnaie nationale ».
Le gouvernement a rappelé que l’appréciation du franc congolais observée ces dernières semaines n’est pas un hasard, mais le résultat de mesures économiques bien ciblées, notamment la vente de devises aux banques commerciales et le renforcement des réserves en dollars.Mais dans la rue, à Beni comme ailleurs, les Congolais ne voient pas encore les effets de ces annonces.
Les opérateurs télécoms fixent un taux à 2370 FC
Le secteur privé, lui, s’adapte à sa manière. Dans un message envoyé à leurs partenaires et distributeurs, les opérateurs de télécommunications ont annoncé une mise à jour de leur taux d’échange applicable à partir du mardi 4 novembre 2025 : « Cher Distributeur, Nous vous informons qu’à partir de ce mardi 4 Novembre 2025, le taux de change sera de 2 370 CDF pour 1 USD. Merci. » Un taux qui reste bien au-dessus de la moyenne évoquée par la Banque Centrale, mais qui sert désormais de référence dans plusieurs transactions électroniques et commerciales.
À Beni, chacun a son taux
Sur le marché local de Beni, la confusion est totale. Les commerçants affichent chacun leur propre taux : entre 2 500 FC et 2 900 FC pour un dollar américain, selon la nature du produit ou la relation avec le client. Et lors des rendus, beaucoup arrondissent à 2 000 FC, ce qui creuse encore plus l’écart avec les taux officiels. « Chacun a désormais son taux. Ceux qui ont besoin urgent d’échanger acceptent 2 000 FC. », témoigne un vendeur du marché central.
Cette absence d’un taux uniforme alimente la méfiance et rend le commerce de plus en plus aléatoire, surtout pour les produits importés.
Carburant : la peur d’un retour à la flambée
Les conducteurs de taxi-motos, eux, tirent la sonnette d’alarme. Katembo, taximan moto rencontré par notre rédaction, exprime son désarroi face à la hausse continue du carburant : « Nous sommes désolés de la hausse du carburant. Quand le taux de change diminuait, on se frottait les mains… Mais soudain, un litre est passé de 2 700 FC à 4 500 voire 5 000 FC ! C’est effrayant ! »Selon lui, cette situation a poussé les patrons de moto-taxis à fixer les recettes hebdomadaires à environ 60 000 FC.
Dans les écoles et hôpitaux : le dollar fait la loi
Autre paradoxe : dans plusieurs écoles, cliniques et hôpitaux du Nord-Kivu, les responsables fixent eux-mêmes le taux du jour. Les frais de scolarité ou de soins sont souvent calculés en dollars, puis convertis librement selon des taux variant d’un établissement à un autre. Une pratique qui crée de fortes disparités et renforce le sentiment d’injustice sociale.
L’économiste : « Le dollar reste toujours le dollar »
Interrogé sur la situation, un économiste local invite la population à la prudence :> « Le franc peut s’apprécier temporairement, mais le dollar reste toujours le dollar. Il faut éviter de se précipiter pour vendre ses devises. » Selon lui, tant que le marché parallèle dominera les transactions quotidiennes, les effets des politiques monétaires resteront limités.
Les mesures gouvernementales, bien que nécessaires, ne suffisent pas à court terme à corriger les déséquilibres entre le taux officiel et le taux réel. Malgré la communication rassurante du gouvernement devant le Sénat, la stabilité promise du franc congolais tarde à se matérialiser dans le quotidien des Congolais.
Entre les disparités des taux, la hausse du carburant, et la liberté laissée aux commerçants et institutions d’imposer leurs propres taux de conversion, la population reste perplexe. Les sénateurs ont d’ailleurs demandé au gouvernement de clarifier les mesures concrètes à venir pour assurer une stabilité durable, pas seulement sur les chiffres, mais aussi dans la vie de tous les jours.
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