
Une journée morte… mais une ville déboussolée
Les rues étaient vides, les commerces fermés, l’atmosphère lourde. Officiellement, la synergie des groupes de pression avait décrété une journée ville morte en hommage aux victimes des massacres récurrents dans la région. Butembo a répondu en grande majorité, dans le calme. Aucun incident majeur n’a été rapporté : pas de barricades, pas d’arrestations, pas de violences.Un bilan « propre », revendiqué par le mouvement Anti-Gang. Mais derrière cette apparente réussite, un malaise grandit : les voix des leaders d’opinion sont de plus en plus discordantes, exposant des contradictions qui fragilisent la mobilisation citoyenne.
Des messages contradictoires : la fracture est ouverte
Les communiqués des groupes de pression et mouvements citoyens laissaient transparaître une profonde désunion. D’un côté, certains dénoncent une journée ville morte « gaspillant l’énergie de la population à 99,99 % », estimant qu’elle ne s’attaque pas aux véritables détenteurs de pouvoirs opérationnels dans la région. Selon cette aile critique, les actions dirigées vers le gouverneur administratif « ignorent » que le commandement des opérations Sokola 1 dépend plutôt de la hiérarchie militaire basée à Kisangani et Kinshasa. Pour eux, une mauvaise cible engendre une mauvaise lutte, alimentant l’idée que « l’ignorance » ou même « l’infiltration » brouille les positions de certains jeunes leaders. D’un autre côté, plusieurs mouvements dont l’ITPGE et la militante Rose Kahambu , ont salué la population pour sa discipline et son sens du devoir. Pour eux, la journée était un moment de recueillement sacré, un hommage nécessaire. Ils accusent ceux qui ont tenté de contester l’appel de « brouiller un moment de douleur nationale ». Deux visions qui s’opposent frontalement :celle qui veut une mobilisation plus stratégique et orientée vers les vrais centres de décision, et celle qui insiste sur l’unité, la mémoire et la dimension symbolique des journées mortes.
Une mobilisation devenue rituelle… mais de moins en moins efficace ?
Un commentaire recueilli sur le terrain résume un sentiment croissant :« Journée ville morte improductive ! »La répétition des mots d’ordre, l’absence de revendications unifiées et le manque de leadership clair créent une lassitude perceptible dans la ville. Les critiques soulignent que : ces journées n’apportent pas de solutions concrètes à l’insécurité ; elles impactent négativement l’économie locale déjà fragile ; elles donnent parfois l’impression d’une mobilisation systématique, non coordonnée et sans trajectoire politique réelle. Dans ce contexte, la division des groupes de pression devient un problème majeur, affaiblissant leur capacité à peser sur les décisions sécuritaires.
Quand la désunion profite aux ennemis de la ville
L’un des messages les plus incisifs invoque une mise en garde :« La diversion est l’arme par excellence de l’ADF-NALU ».Derrière ces mots, un constat : la désorganisation du front citoyen ouvre un espace dangereux aux manipulations, aux infiltrations et à la propagande des groupes armés. Une ville qui parle d’une seule voix est forte. Une ville en dispute permanente, elle, devient vulnérable.
Une ville en quête de leadership clair
Butembo se retrouve face à un dilemme :continuer des journées mortes souvent suivies mais peu efficaces, ou reconstruire une plateforme citoyenne unie, cohérente, capable de formuler des revendications ciblées et réalistes. La population, elle, a montré une fois de plus sa capacité à se mobiliser pacifiquement. Mais sans coordination entre les leaders locaux, cette énergie risque de continuer à se dissiper dans la confusion.
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