
La Cour d’assises de Paris poursuit l’examen des faits reprochés à Roger Lumbala dans le cadre de l’opération “Effacer le tableau”, une campagne militaire datant du début des années 2000.
Les audiences de ces derniers jours ont été marquées par des récits glaçants livrés par d’anciens combattants, victimes et témoins de l’époque, décrivant des pratiques d’une violence extrême perpétrées dans la région d’Isiro.
L’un des témoignages les plus marquants est venu d’un ancien officier de l’Armée congolaise, aujourd’hui employé dans une administration fiscale à Kinshasa.
Appelé à la barre, il a expliqué avoir vu des éléments de l’Armée de libération du Congo (ALC) – alors sous le commandement du général Constant Ndima – mutiler des corps après les combats.
Selon lui, certains soldats exhibaient les organes génitaux de leurs ennemis abattus, une pratique censée servir de trophée ou de symbole de victoire.
Un ancien cadre du RCD-N, proche de Roger Lumbala et devenu député durant la transition, a corroboré ces propos. Il affirme avoir assisté aux mêmes scènes macabres à Isiro, sans qu’aucune mesure disciplinaire ne soit prise à l’encontre des auteurs.
Il cite notamment l’un des commandants de l’époque, connu sous le surnom de “Ramsès Roi des imbéciles”, présenté comme un collaborateur direct de Constant Ndima et dont les troupes auraient été impliquées dans ces actes.
Le témoin explique qu’un jour, alors que les forces de Mbusa Nyamwisi approchaient d’Isiro, les gardes affectés aux cadres politiques furent réquisitionnés pour renforcer le front. « C’est à ce moment-là que des militaires sont revenus en ville portant des organes humains, prétendant qu’il s’agissait de combattants mai-mai tombés dans une embuscade », rapporte-t-il.
Selon lui, des religieuses présentes dans la ville s’étaient rendues auprès de Roger Lumbala pour dénoncer ces actes, ce qui aurait poussé ce dernier à ordonner qu’ils cessent. Aucun procès interne n’a cependant été ouvert après ces faits.
Ces accusations trouvent un écho dans le Rapport Mapping des Nations Unies, qui avait déjà documenté plus de 600 cas de crimes graves commis en RDC entre 1993 et 2003, et qui demeure à ce jour l’un des dossiers les plus accablants sur les violences de cette période.
Le document évoque notamment la période du 31 juillet au 2 août 2002, au cours de laquelle des soldats de l’ALC impliqués dans l’opération “Effacer le tableau” auraient torturé, mutilé et exécuté au moins 16 combattants hors de combat ainsi que des civils, parmi eux des femmes et des enfants. Le rapport souligne également l’usage de parties de corps , comme les oreilles et les organes génitaux , comme trophées de guerre montrés à la population d’Isiro.
Pour une victime présente dans la salle, le fait qu’un témoin affirme que Lumbala avait ordonné personnellement la fin de ces pratiques démontre que l’accusé disposait bel et bien d’une autorité effective sur les troupes. « Cela prouve qu’il avait la capacité d’empêcher d’autres crimes. S’il pouvait stopper ces actes, c’est qu’il contrôlait les hommes », a-t-il déclaré.
Les audiences se poursuivent, et la Cour continue d’entendre des témoignages qui lèvent progressivement le voile sur l’une des pages les plus sombres de la guerre en République démocratique du Congo.
