
Le débat sur le projet de loi budgétaire 2026 a pris une tournure préoccupante à l’Assemblée nationale. Le député national Carly Nzanzu Kasivita, élu du territoire de Beni, a lancé un avertissement solennel au gouvernement quant à l’avenir de la politique de programmation militaire, pourtant annoncée comme un pilier de la réforme des FARDC.
Dans son intervention, l’élu a d’abord réaffirmé son soutien au budget 2026, avant d’exprimer une profonde inquiétude. « Je suis inquiété par la cohérence contrariée que je n’ai pas pu établir entre les prévisions du budget et les lois qui soutiennent la politique du gouvernement », a-t-il déclaré.
Selon lui, le gouvernement avait inscrit, il y a cinq ans, la programmation militaire au cœur de sa politique sécuritaire, mais aucune loi détaillée n’a été présentée depuis, alors même que l’ordonnance-loi actuelle expire en décembre.« En 2027, s’il n’y a pas cette loi, la conférence budgétaire qui commence en mars, comment va-t-on projeter les chiffres qu’on va mettre dans le budget pour le secteur de l’armée ? », s’est interrogé le député.
Pour Carly Nzanzu, le risque est clair : le gouvernement pourrait être en train d’abandonner discrètement la programmation militaire, sans en informer le Parlement, pourtant à l’origine de son adoption.
Il pointe également des « incohérences totales » dans les prévisions destinées à la Police nationale, comparées à ce que les députés avaient voté lors des précédentes réformes.
La programmation militaire est une loi pluriannuelle qui définit, sur plusieurs années, les objectifs stratégiques et budgétaires permettant la modernisation des FARDC.
Elle encadre l’achat d’équipements tels que les drones, blindés et pièces d’artillerie, la formation des troupes, la construction et la réhabilitation des camps militaires, la logistique opérationnelle ainsi que les recrutements et la spécialisation des unités. Sans cette loi, les dépenses militaires restent soumises aux aléas d’un budget annuel souvent insuffisant et imprévisible.
Dans un contexte d’aggravation des attaques du M23 appuyé par le Rwanda, des massacres de l’ADF et de la persistance de nombreux groupes armés dans le Nord-Kivu et l’Ituri, la programmation militaire apparaît comme un outil indispensable pour redonner à l’armée congolaise un cadre stable, moderne et efficace.
En tant qu’élu de Beni, une région marquée par vingt ans de violences, de déplacements et d’insécurité chronique, Carly Nzanzu rappelle que la population attend de ses représentants une véritable pression politique pour renforcer l’armée.
La programmation militaire permettrait de stabiliser les financements destinés aux opérations dans l’Est, d’équiper les FARDC face à des adversaires sur-armés, de déployer durablement des unités mieux formées, d’améliorer la logistique et les infrastructures militaires dans les zones rouges et de renforcer la capacité de riposte face aux offensives du M23 et des ADF.
Pour le député, laisser expirer cette loi sans la remplacer reviendrait à affaiblir l’armée au moment où les populations du Nord-Kivu ont le plus besoin d’un État stratégiquement préparé.Au-delà de la critique, Carly Nzanzu Kasivita appelle le gouvernement à un acte de responsabilité : présenter rapidement une nouvelle loi de programmation militaire, cohérente avec les besoins sécuritaires et budgétaires du pays.
Il estime que le Parlement ne peut pas rester en marge d’une décision aussi structurante. « Nous, Assemblée nationale, avions accepté cette politique. Nous devons être informés de son évolution ou de son abandon », a-t-il insisté.
Dans un contexte où la situation sécuritaire dans l’Est demeure explosive, l’absence de visibilité militaire n’est plus seulement un enjeu administratif mais une question de survie pour des millions de Congolais.
