
Un trajet imprévisible et interminable
Voyager entre Butembo et Beni n’est désormais plus une simple question de distance, mais de patience et de résistance.
La route Butembo–Beni, pourtant stratégique pour les échanges économiques, sociaux et administratifs au Nord-Kivu, ne permet plus aux usagers d’arriver à destination aux heures prévues.
Alors que les travaux de modernisation de cette route nationale sont en cours, plusieurs tronçons sont devenus difficilement praticables. La situation est particulièrement critique entre Maboya et Kisalala, où des centaines de véhicules se retrouvent régulièrement bloqués pendant de longues heures.
Ce samedi encore, automobilistes, motocyclistes et conducteurs de gros véhicules ont passé plusieurs heures à chercher des passages improvisés dans un désordre total. Ceux qui avaient des rendez-vous, des réunions ou des obligations professionnelles ont vu leurs programmes complètement bouleversés.
Embouteillages, désordre et risques sécuritairesFace à l’embouteillage devenu quasi permanent, l’absence d’une régulation efficace de la circulation complique davantage la situation. Pour tenter de se frayer un passage, certains éléments des forces de sécurité sont parfois contraints d’user de la force, exposant les usagers à des risques d’accidents, voire à des balles perdues.« C’est dangereux.
À force de chercher à passer coûte que coûte, on risque le pire », témoigne un usager bloqué depuis plusieurs heures. La promiscuité entre véhicules, motos et piétons crée un climat de tension permanente.
Malades, passagers et familles pris au piège
Les conséquences humaines de cette situation sont lourdes. Les chauffeurs alertent sur le danger que représente ce blocage pour les personnes malades.« Imaginez qu’on transporte un malade grave. Il peut mourir en cours de route », s’indigne un conducteur.
Les passagers, quant à eux, arrivent épuisés, frustrés et parfois désespérés. Certains racontent avoir quitté Butembo à 6 heures du matin pour se retrouver encore sur la route à 14 heures, pour un trajet qui, en temps normal, ne dépasse pas une heure.
Une mère de famille, voyageant avec son enfant, déplore :« Il y a encore le soleil. S’il pleuvait, ce serait une catastrophe. Une petite distance, mais nous passons une demi-journée. C’est un vrai calvaire. »
Un manque à gagner pour les transporteurs
Les chauffeurs sont également durement touchés sur le plan économique. Là où ils effectuaient deux allers-retours par jour lorsque la route était praticable, ils peinent aujourd’hui à en faire un seul, parfois même aucun.« C’est un énorme manque à gagner. Nos recettes ont chuté.
On travaille presque à perte », regrette un chauffeur visiblement abattu.D’autres dénoncent la fuite des clients, qui préfèrent abandonner les véhicules pour poursuivre le trajet à moto afin d’éviter de passer la nuit sur la route.« J’arrive avec des clients depuis Beni.
À Maboya, ils prennent des motos et me laissent. Nous, on travaille pour rien », explique un transporteur.Un problème d’organisation et de prévoyancePour plusieurs usagers, le problème ne se limite pas à l’état de la route, mais aussi à l’absence d’une stratégie claire de gestion de la circulation pendant les travaux.« Gouverner, c’est prévoir. On pouvait organiser des passages alternés, bloquer un côté pendant 30 minutes ou une heure, puis libérer l’autre », suggère un passager.Il dénonce également l’impuissance de la police de circulation, dépassée par l’ampleur de la situation.Une route vitale qui mérite mieuxIl convient de rappeler que la route Butembo–Beni a longtemps souffert d’un état d’impraticabilité chronique. L’intervention de l’entreprise JERRYSON avait, à une certaine période, redonné espoir aux usagers. Mais aujourd’hui, malgré la réhabilitation en cours, il suffit d’un léger obstacle ou d’une petite pluie pour paralyser totalement la circulation.Cette route nationale, véritable poumon économique reliant deux grandes villes du Nord-Kivu, mérite une attention particulière de la part des autorités. Les usagers plaident pour une accélération des travaux, une meilleure organisation du trafic et, à long terme, un bitumage durable capable de mettre fin à ce cycle interminable de souffrance.En attendant, voyageurs et chauffeurs n’ont d’autre choix que de réajuster leurs heures de départ… et de s’armer de patience, dans l’espoir que la pluie ne vienne pas aggraver une situation déjà critique.
