
Cette rencontre marque une étape décisive dans la volonté affichée par l’Exécutif de refonder en profondeur le secteur agricole, pilier central de la diversification économique et de la souveraineté alimentaire de la République démocratique du Congo.

Face à une assistance attentive, le ministre d’État a posé les bases d’une réforme ambitieuse, articulée autour de la cohérence des politiques publiques, de la décentralisation effective et de la modernisation de l’administration agricole, longtemps confrontée à des dysfonctionnements structurels.

Une action collective, du niveau central aux provinces
Dès l’entame de son allocution, Muhindo Nzangi Butondo a tenu à lever toute ambiguïté sur la méthode de travail à venir, qu’il qualifie de rupture avec les pratiques du passé.
« Il n’est plus question que seuls les membres du cabinet se rendent sur le terrain pendant que les agents administratifs restent confinés dans les bureaux. Désormais, nous irons ensemble, du centre jusqu’aux provinces », a-t-il déclaré, sous les applaudissements de la salle.
Dans cette dynamique, le ministère prévoit la conduite d’un diagnostic national approfondi du secteur agricole. Les missions déployées à travers les provinces auront pour mandat d’évaluer l’état réel des services agricoles, d’identifier les forces et faiblesses des administrations provinciales et de formuler des propositions concrètes et adaptées aux réalités locales.

Les CAPSA, socle opérationnel de la nouvelle politique agricole
Au cœur de cette réforme figure la mise en place des Centres d’Appui et de Production des Services Agricoles (CAPSA), conçus comme de véritables pôles intégrés de développement agricole.
Ces centres regrouperont, sur un même site, l’ensemble des services essentiels à la productivité : production et certification des semences, laboratoires d’analyses des sols, unités de fertilisants, services météorologiques agricoles, ainsi que des ateliers de mécanisation et de motorisation rurale.
Les missions provinciales auront pour priorité la sécurisation des sites retenus, avec une superficie minimale comprise entre 2 000 et 3 000 hectares par centre, ainsi que la régularisation foncière conformément à la législation en vigueur. Les gouverneurs de province, en leur qualité de chefs des exécutifs provinciaux, seront pleinement impliqués dans ce processus, conformément aux principes de la décentralisation.
« Aucun CAPSA ne sera implanté sur un terrain sans titre légal. La sécurité foncière est une condition non négociable », a fermement averti le ministre d’État.
Mettre fin à la dispersion et restaurer la cohérence de l’action publique
Le patron de l’Agriculture a également pointé du doigt la dispersion des projets agricoles, souvent menés sans coordination ni implication effective des services techniques de l’État, ce qui nuit à leur impact et à leur durabilité.

Désormais, toute initiative agricole, qu’elle soit portée par des partenaires techniques, des bailleurs ou des organisations locales, devra impérativement être canalisée à travers le ministère. Les inspecteurs provinciaux et les services déconcentrés seront systématiquement associés à l’exécution et au suivi des projets.
« Sans cohérence dans l’action, aucun résultat durable n’est possible », a-t-il martelé.

Cap sur l’autosuffisance alimentaire
La nouvelle stratégie agricole du Gouvernement accorde une priorité claire au renforcement de l’autonomie alimentaire. Quatre cultures vivrières stratégiques ont été identifiées comme socle de cette politique : le maïs, le manioc, la banane et le haricot.
Une fois cette base consolidée, le ministère entend accélérer le développement des cultures pérennes à forte valeur ajoutée, notamment le café, le cacao et le palmier à huile, afin de repositionner la RDC comme un acteur agricole majeur sur le continent africain.

Selon le ministre d’État, le pays dispose encore d’un potentiel foncier exceptionnel, largement sous-exploité, capable de soutenir une agriculture moderne, compétitive et tournée vers l’exportation.
Coopératives agricoles, levier de production et de rentabilité
Autre axe fort de la réforme : la réorientation des appuis de l’État vers les coopératives agricoles productives, au détriment des structures peu performantes.
Le ministre a déploré la concentration répétitive des intrants agricoles entre les mains de certaines organisations, au détriment d’une majorité de producteurs. Pour corriger ces déséquilibres, un registre national des agriculteurs est en cours de mise en place, afin de garantir une distribution plus équitable et transparente des semences et fertilisants.
« Nous voulons des coopératives orientées vers la production, la rentabilité et la création de richesse, pas des structures de façade », a-t-il insisté.
Formation, évaluation et redéploiement des ressources humaines
Conscient des défis techniques qui persistent sur le terrain, Muhindo Nzangi Butondo a annoncé un vaste programme de renforcement des capacités, incluant l’évaluation des compétences, la formation continue et le redéploiement stratégique du personnel vers les provinces.
L’objectif est clair : déconcentrer l’expertise, longtemps concentrée à Kinshasa, et renforcer durablement les capacités techniques locales.
Vers un financement pérenne du secteur
Enfin, le ministre d’État a évoqué la mise en place d’un mécanisme de financement permanent destiné à assurer le fonctionnement durable des CAPSA et des services agricoles déconcentrés. Des discussions sont en cours pour sécuriser des ressources stables et intégrer ces infrastructures dans les budgets exécutifs.

À travers cette feuille de route ambitieuse, le ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire entend engager une réforme structurelle profonde, axée sur la modernisation administrative, la professionnalisation des acteurs et, à terme, la souveraineté alimentaire de la République démocratique du Congo.
