
Des alertes officielles dès octobre 2024
La controverse autour du PEJAB ne date pas de l’arrivée de Muhindo Nzangi Butondo à la tête du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire. Dès le début du mois d’octobre 2024, le programme était déjà confronté à une contestation publique concernant le financement des jeunes entrepreneurs agricoles.
Selon Radio Okapi et l’Agence congolaise de presse (ACP), un groupe de jeunes agripreneurs s’était mobilisé devant le siège du Parlement et au cabinet du ministre de l’Agriculture pour dénoncer des soupçons de détournement de 42 millions de dollars américains destinés au financement de leurs projets. Ces revendications avaient poussé la coordination nationale du PEJAB à organiser une mise au point publique le 4 octobre 2024 à Kinshasa. Son coordonnateur national de l’époque, Richard Kialungila, avait catégoriquement rejeté les accusations de détournement. Il avait expliqué que le processus de financement était conçu pour permettre aux ressources de bénéficier directement aux jeunes entrepreneurs, par l’intermédiaire des mécanismes bancaires prévus. Il avait également indiqué que 1 004 jeunes avaient été formés et que les projets de onze entrepreneurs avaient déjà obtenu un financement. Vingt autres projets, selon les informations rapportées par l’ACP, avaient reçu une approbation et attendaient encore le financement bancaire. Ces déclarations mettaient déjà en évidence une question essentielle : alors que les jeunes avaient été formés et que des projets avaient été approuvés, pourquoi une partie des bénéficiaires attendait-elle toujours les financements espérés ? Les explications de la coordination constituaient une réponse aux accusations formulées à l’époque. Elles ne mettaient cependant pas fin aux interrogations sur le rythme des décaissements et les résultats concrets du programme.

Une correspondance adressée aux plus hautes institutions
Les préoccupations des agripreneurs ne se limitaient pas aux manifestations et aux déclarations publiques. Une correspondance du Collectif des agripreneurs de la République démocratique du Congo, relative au financement du PEJAB, était adressée au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Le document photographié porte également plusieurs cachets de réception attribués à différentes institutions. Les dates visibles semblent se situer entre le 7 et le 9 octobre 2024, sous réserve d’une vérification précise de chaque cachet. Parmi les destinataires mentionnés figurent notamment des institutions politiques, administratives et financières concernées par le suivi du dossier. Cette démarche mérite une attention particulière. Elle indique que les préoccupations liées au financement du PEJAB avaient donné lieu à des initiatives visant à saisir les autorités, au-delà du débat public. La portée exacte de cette correspondance devra toutefois être établie à partir de son contenu intégral. Il importe notamment de préciser les griefs formulés par le collectif, les réponses éventuellement reçues et les suites réservées à ses démarches. Les cachets de réception peuvent contribuer à établir que des institutions ont reçu le document à une date déterminée. Ils ne prouvent pas, à eux seuls, que chaque responsable concerné avait personnellement pris connaissance des accusations ni qu’une irrégularité financière avait été établie.

Un projet dont les difficultés précèdent la gestion de Muhindo Nzangi
Muhindo Nzangi Butondo a pris la tête du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire en août 2025, selon les informations présentées lors de son intervention à l’Assemblée nationale. Or, les contestations publiques concernant le PEJAB remontent au moins à octobre 2024. Cette antériorité est déterminante pour comprendre le dossier. Elle impose de distinguer les différentes périodes d’exécution du programme, les décisions prises par les responsables successifs et les résultats obtenus avant et après le changement de ministre. Lors de son intervention devant les députés, le 21 octobre 2026, Muhindo Nzangi a lui-même évoqué les difficultés rencontrées avant son arrivée. Selon les chiffres qu’il a présentés, après plusieurs années d’exécution, seules onze entreprises avaient été créées sur les 1 200 attendues à la clôture du projet.
Le ministre a notamment mentionné les contre-performances d’un partenariat bancaire, qui n’aurait permis de décaisser que 68 000 dollars sur les trois millions de dollars convenus. Il a également évoqué le retard du premier décaissement du bailleur et le remplacement de plusieurs coordonnateurs. Ces éléments, rapportés par Actualité.cd le 22 octobre 2026, sont des déclarations du ministre devant les députés. Ils doivent être confrontés aux rapports d’exécution, aux conventions de financement et aux pièces justificatives du projet pour permettre une appréciation complète de la situation. Ils soulèvent néanmoins une interrogation majeure : comment un programme destiné à financer 1 200 entreprises de jeunes a-t-il pu accumuler autant de difficultés au cours de ses années d’exécution ?
Les 57 millions de dollars au cœur du débat actuel
Le PEJAB, financé par la Banque africaine de développement (BAD) à hauteur d’environ 57 millions de dollars américains selon les informations communiquées au Parlement, est désormais au centre d’une controverse politique. Le 21 octobre 2026, Muhindo Nzangi a répondu à une question orale avec débat initiée par la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando. L’élue souhaitait obtenir des éclaircissements sur l’utilisation des fonds, le nombre de jeunes effectivement financés et les résultats obtenus. Le ministre a affirmé que les ressources restaient disponibles et que les décaissements se poursuivaient progressivement. Il a également déclaré que 1 107 jeunes avaient bénéficié d’un financement. Ces chiffres et explications ont été rapportés par Radio Okapi le 22 octobre 2026. Ils constituent la position défendue par le ministre, tandis que la députée estime que plusieurs de ses préoccupations n’ont pas reçu de réponses satisfaisantes. Le 23 octobre, Hermione Bolumbe Bakando a déposé une motion de défiance contre le ministre, en lien avec des soupçons de détournement présumé des fonds du PEJAB. Ces accusations restent à établir et ne sauraient être assimilées à une preuve de culpabilité. La controverse actuelle remet ainsi au premier plan les questions de transparence, de traçabilité des fonds et de résultats du programme.
Une responsabilité à examiner sur toute la durée du projet
Les documents et les déclarations publiques d’octobre 2024 invitent à replacer la controverse actuelle dans une perspective plus large. À cette époque, les jeunes agripreneurs réclamaient déjà des explications sur leurs financements. La coordination du projet avait dû répondre publiquement aux accusations de détournement présumé. Une correspondance adressée aux plus hautes institutions témoigne également de démarches entreprises pour attirer l’attention des autorités sur le dossier. Ces éléments ne permettent pas de conclure automatiquement à un détournement. Ils montrent cependant que les difficultés et les contestations autour du PEJAB étaient déjà présentes avant août 2025. Dès lors, l’examen du dossier ne peut se limiter à une seule période ministérielle. Il doit prendre en compte l’ensemble de la chaîne de gestion, depuis les premiers décaissements jusqu’aux financements effectivement reçus par les jeunes entrepreneurs. Les rapports de la Banque africaine de développement, les relevés des décaissements, les conventions bancaires, les listes des bénéficiaires et les réponses officielles aux correspondances de 2024 pourraient permettre de mieux comprendre les causes des retards et d’établir les responsabilités éventuelles.
Le droit des agripreneurs à des réponses claires
Au-delà de la controverse politique, l’enjeu principal reste la situation des jeunes qui comptaient sur ce programme pour développer leurs activités agricoles. Pour ces entrepreneurs, la question ne se résume ni à une motion parlementaire ni à une confrontation entre responsables politiques. Elle concerne l’accès effectif aux financements, la création d’entreprises et les perspectives d’emploi dans un secteur essentiel à la sécurité alimentaire de la République démocratique du Congo. L’ancienneté des alertes, les explications successives des responsables et les résultats revendiqués appellent donc un examen documenté de la gestion du PEJAB. Une chose ressort de la chronologie : les préoccupations autour du financement du projet étaient déjà publiquement exprimées en octobre 2024. La question désormais posée est celle de savoir quelles réponses leur ont été apportées, quelles mesures correctives ont été prises et comment les responsabilités seront établies sur l’ensemble de la période d’exécution.
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