
Une crise politique qui secoue le Nord-Kivu
Depuis plusieurs jours, le bras de fer entre le gouverneur militaire du Nord-Kivu et le député national Crispin Mbindule Mitono alimente les débats dans les médias, sur les réseaux sociaux et jusque dans les milieux politiques à Kinshasa. Tout est parti des déclarations critiques du député de Butembo contre la gestion de l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri. Lors de plusieurs interventions médiatiques, Crispin Mbindule a dénoncé ce qu’il considère comme « l’échec » de l’état de siège face aux massacres perpétrés par les ADF.
Selon l’élu de Butembo, l’ordonnance présidentielle ayant instauré l’état de siège devait prioritairement permettre la neutralisation des groupes armés et le rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones en proie à l’insécurité. Mais pour lui, la situation sécuritaire demeure alarmante malgré les opérations militaires conjointes FARDC-UPDF. Le député va plus loin en affirmant que les autorités militaires devraient accepter une évaluation approfondie de l’état de siège afin d’en mesurer l’efficacité réelle. Des propos qui ont rapidement provoqué une vive réaction du gouvernorat militaire.

Des accusations graves contre le député Mbindule
Dans une correspondance adressée aux services de renseignements et aux instances judiciaires militaires, le gouverneur militaire Evariste Somo Kakule accuse le député national Crispin Mbindule de plusieurs faits jugés graves. Parmi les accusations évoquées figurent notamment : l’incitation à la révolte ; la désobéissance civile ;la propagation de faux bruits ; des réunions clandestines présumées avec un groupe armé ; des propos attentatoires à l’autorité provinciale ; ainsi que des soupçons de troubles à l’ordre public. Certaines sources proches du gouvernorat affirment même que le gouverneur aurait demandé des investigations approfondies sur de présumés liens entre certains acteurs politiques et des groupes armés actifs dans la région de Butembo.

Ces accusations ont immédiatement provoqué une onde de choc dans l’opinion publique du Grand Nord. Crispin Mbindule dénonce une “intimidation politique” Face à cette offensive judiciaire et politique, Crispin Mbindule Mitono rejette catégoriquement toutes les accusations portées contre lui. Le député affirme être victime d’une tentative d’intimidation politique liée à ses prises de position sur la révision constitutionnelle et la gestion de l’état de siège.« Nous sommes dans un pays démocratique où chacun a le droit de défendre ses opinions », a déclaré l’élu de Butembo, estimant que ses critiques relevaient du débat démocratique normal. Le parlementaire soutient notamment que la Constitution actuelle présente plusieurs faiblesses institutionnelles. Il évoque entre autres : le manque de contrôle du ministère de la Défense sur l’armée ; les dysfonctionnements dans la perception des taxes ; ainsi que certaines dérives dans le processus électoral des sénateurs. Pour ses proches, les poursuites engagées contre lui seraient davantage politiques que sécuritaires.

Le dossier des “box body” et la colère des opérateurs économiques
La polémique s’est également intensifiée autour de l’interdiction des véhicules dits « box body » dans certaines zones du Nord-Kivu. Crispin Mbindule avait publiquement critiqué cette mesure prise par le gouverneur militaire, estimant qu’elle pénalisait les opérateurs économiques locaux déjà affectés par l’insécurité et les difficultés routières. Selon plusieurs observateurs, ce dossier économique a contribué à détériorer davantage les relations entre les deux personnalités influentes de la province.

Promesse Matofali entre soutien aux enquêtes et appel à la vérité
Dans cette affaire, plusieurs acteurs politiques ont commencé à prendre position, parmi lesquels le député Promesse Matofali Yonama. Ce dernier a salué l’ouverture d’investigations sur les accusations visant Crispin Mbindule, tout en demandant que les enquêtes ne se limitent pas à une seule personnalité politique. Promesse Matofali affirme également avoir été alerté sur d’éventuels projets de perturbation de certains rassemblements politiques à Butembo. Il estime que toute la lumière doit être faite sur les accusations de liens avec des groupes armés, y compris concernant d’autres responsables politiques accusés, « à tort ou à raison », de proximité avec l’AFC/M23. Toutefois, l’acteur politique insiste aussi sur la nécessité de préserver la liberté d’expression et de privilégier « une lutte d’idées et non des biceps ». Au fil des déclarations, Promesse Matofali est lui-même devenu l’une des figures médiatiques de cette controverse, dénonçant certaines accusations portées contre lui sur les réseaux sociaux et dans des espaces politiques proches de l’UDPS.

Une polémique qui ravive les tensions communautaires
Au-delà du conflit politique, plusieurs voix craignent désormais une récupération communautaire dangereuse autour de cette affaire. Dans une tribune largement relayée, Me GuyGuy Kasereka Kisunga a mis en garde contre « la politique de l’autodestruction » au sein de la communauté Yira/Nande. L’avocat appelle les leaders communautaires, politiques et coutumiers à privilégier le dialogue, l’unité et la cohésion sociale afin d’éviter une division qui pourrait fragiliser davantage le Grand Nord dans un contexte déjà marqué par les massacres et les déplacements des populations.

Des appels au dialogue pour éviter une escalade
Pendant que les accusations continuent de s’échanger entre les deux camps, plusieurs observateurs appellent désormais à l’apaisement. L’ancien maire de Beni, Me Achille Kapanga, a notamment invité les notables de Beni, Butembo et Oicha à privilégier le dialogue afin d’éviter une crise aux conséquences sécuritaires et communautaires. Pour certains analystes politiques, cette confrontation entre un gouverneur militaire et un député influent risque de détourner l’attention des véritables priorités sécuritaires dans la région, notamment la lutte contre les ADF et les groupes armés actifs dans l’Est de la RDC. Le chercheur politologue Elisée Sivaminya estime également que la province traverse une période trop sensible pour sombrer dans des rivalités politiques internes susceptibles de fragiliser davantage les institutions provinciales. À celà s’ajoute d’autres notables de la province dont Jonas Kasimba.

Une province sous tension pendant que les ADF continuent leurs attaques
Cette crise intervient alors que plusieurs territoires du Nord-Kivu et de l’Ituri continuent d’enregistrer des attaques meurtrières attribuées aux ADF. Dans plusieurs interventions, Crispin Mbindule a insisté sur le fait que la priorité devait rester la protection des populations civiles plutôt que les querelles politiques. Mais du côté du gouvernorat militaire, certains proches de l’exécutif provincial estiment qu’aucune autorité ne peut tolérer des discours ou comportements susceptibles d’alimenter l’instabilité dans une province placée sous état de siège.

Entre politique, sécurité et guerre médiatique
Aujourd’hui, le dossier Somo–Mbindule dépasse largement le cadre d’un simple désaccord institutionnel. Il révèle les profondes tensions politiques qui traversent le Nord-Kivu dans un contexte de guerre, d’insécurité persistante et de fortes rivalités d’influence. Entre accusations de rébellion, soupçons de manipulation politique, débat sur la Constitution, tensions autour de l’état de siège et fractures communautaires, cette affaire continue d’alimenter les débats dans tout le pays. Reste désormais à savoir si les différents acteurs privilégieront l’apaisement et le dialogue ou si cette confrontation risque de créer une nouvelle crise politique dans une province déjà fortement fragilisée par des années de conflit.

Comme on aime le dire à Butembo, les observateurs assistent ce classico à KAMBALI, comme pour dire wait and see, disent les anglais !
