
Le phénomène devient de plus en plus inquiétant en République démocratique du Congo. Piratages de comptes WhatsApp, vols de profils Facebook et X, usurpation de numéros de téléphone, arnaques numériques et escroqueries via Mobile Money : la cybercriminalité gagne du terrain et fait chaque jour de nouvelles victimes. À Butembo, Beni, Goma, Kinshasa et dans plusieurs autres villes du pays, des citoyens dénoncent des pertes financières, des atteintes à leur réputation et des manipulations orchestrées par des cybercriminels de plus en plus organisés. Face à cette montée alarmante des attaques numériques, des observateurs appellent à une véritable culture de cybersécurité.

Une nouvelle forme d’insécurité qui inquiète la populationAlors que l’Est de la RDC reste confronté à l’insécurité armée, une autre menace silencieuse gagne progressivement du terrain : la cybercriminalité.Depuis plusieurs mois, de nombreux utilisateurs des réseaux sociaux et de la téléphonie mobile signalent des cas de piratage de comptes WhatsApp, Facebook, X anciennement Twitter, Telegram et même des adresses e-mail personnelles ou professionnelles.Dans plusieurs cas, les cybercriminels prennent le contrôle des comptes avant d’envoyer des messages frauduleux aux proches des victimes afin de réclamer de l’argent via Mobile Money ou Airtel Money.Certaines victimes affirment avoir perdu l’accès total à leurs comptes pendant plusieurs jours, tandis que d’autres dénoncent l’utilisation de leurs identités numériques pour des escroqueries, des manipulations ou des publications compromettantes.

WhatsApp, principal terrain des cybercriminels
Parmi les plateformes les plus ciblées figure WhatsApp.Des utilisateurs racontent avoir reçu des appels ou messages suspects provenant de numéros inconnus, parfois présentés comme des agents de télécommunication, des proches ou des responsables administratifs.Les pirates utilisent ensuite différentes techniques comme la demande de codes de vérification, les faux liens, l’usurpation d’identité, la manipulation psychologique ou encore le clonage de compte. Une fois le compte récupéré, les cybercriminels contactent les proches de la victime en simulant une urgence financière. Dans certains cas, les victimes découvrent trop tard que leur photo, leurs conversations ou leurs contacts ont été utilisés dans des opérations frauduleuses.

Des numéros de téléphone également ciblés
Au-delà des réseaux sociaux, plusieurs citoyens dénoncent également le piratage de leurs numéros de téléphone. Des cas de remplacement frauduleux de cartes SIM, d’accès illégal aux comptes Mobile Money et de détournement de crédits téléphoniques sont régulièrement signalés. Cette situation touche aussi bien des commerçants, des journalistes, des étudiants que des responsables d’institutions locales.
À Butembo et Goma notamment, certains opérateurs économiques affirment avoir perdu d’importantes sommes d’argent après des manipulations liées à leurs lignes téléphoniques.
Le manque de culture numérique pointé du doigt
Pour plusieurs spécialistes du numérique, la montée de la cybercriminalité en RDC est favorisée par le faible niveau de sensibilisation à la cybersécurité.Beaucoup d’utilisateurs partagent facilement leurs codes de sécurité, utilisent des mots de passe faibles, cliquent sur des liens inconnus ou ignorent les mécanismes de protection à deux étapes. Des observateurs estiment également que les cybercriminels profitent de la forte croissance de l’utilisation des smartphones et des paiements numériques dans le pays.
Faisons de la cybersécurité une responsabilité collective
Face à cette menace grandissante, plusieurs acteurs de la société civile dont MATHE KAHANGAVALE TRÉSOR MAKATRÉ appellent désormais la population à adopter une nouvelle culture numérique. Il recommandent notamment de ne jamais partager les codes de confirmation reçus par SMS, d’activer la vérification en deux étapes sur WhatsApp et les réseaux sociaux, de sécuriser les comptes e-mail et d’éviter les liens suspects envoyés par des inconnus. Il demande également aux parents, enseignants, journalistes, commerçants et jeunes utilisateurs des smartphones de sensibiliser leur entourage sur les dangers liés aux escroqueries numériques.
Pour plusieurs observateurs, la lutte contre la cybercriminalité ne dépend pas uniquement des autorités ou des opérateurs téléphoniques. Chaque citoyen doit désormais apprendre à protéger ses informations personnelles et ses outils numériques.
Des conséquences psychologiques et financières
Au-delà des pertes financières, les victimes parlent souvent d’un véritable traumatisme. Certaines personnes voient leurs comptes utilisés pour diffuser de fausses informations, solliciter de l’argent ou même salir leur réputation. D’autres se retrouvent exclues de leurs propres réseaux professionnels ou familiaux après le piratage de leurs outils de communication. Dans plusieurs familles, des tensions sont également signalées après des arnaques commises au nom d’un proche dont le compte avait été compromis.
Les autorités appelées à renforcer la lutte contre la cybercriminalité
Face à la multiplication des cas, plusieurs acteurs de la société civile appellent les autorités congolaises à renforcer les mécanismes de lutte contre la cybercriminalité. Des observateurs demandent des campagnes nationales de sensibilisation, le renforcement des unités spécialisées en criminalité numérique, l’amélioration de la protection des données ainsi qu’une collaboration plus étroite entre opérateurs téléphoniques, banques et services de sécurité.Pour plusieurs analystes, la cybercriminalité représente désormais un véritable enjeu de sécurité nationale et économique.
Une menace appelée à grandir
Avec l’évolution rapide du numérique en RDC, plusieurs experts craignent une augmentation des cyberattaques dans les prochaines années.Entre piratages de comptes, escroqueries en ligne, manipulations numériques et vols de données personnelles, la cybercriminalité s’impose progressivement comme l’un des nouveaux défis majeurs de la société congolaise. Pour beaucoup, la lutte contre cette menace passera autant par les technologies que par la sensibilisation et l’éducation numérique des citoyens.

